Tu as déjà demandé à une IA si ton idée était bonne ? Il y a de fortes chances qu’elle t’ait répondu oui. Les modèles ont tendance à aller dans le sens de la personne qui pose la question, et ils regardent un problème sous un seul angle à la fois.
Pour mes décisions importantes, j’ai donc arrêté de demander l’avis d’une seule IA. Je convoque un conseil : cinq conseillers qui ne voient pas la question de la même façon, qui se contredisent, et un Président qui tranche. Dans cet article, je t’explique d’où vient l’idée, comment j’ai construit ce Conseils des IA sous forme de skill Claude, ce que ça donne sur une vraie décision et ce que ça coûte. Le skill est à télécharger gratuitement en fin d’article.
D’où vient l’idée : le LLM Council de Karpathy
Fin 2025, Andrej Karpathy (cofondateur d’OpenAI, ancien directeur de l’IA chez Tesla) a publié llm-council sur GitHub, un petit projet codé en un week-end. Le principe tient en trois étapes :
- Avis indépendants : la même question est envoyée à plusieurs modèles (GPT, Gemini, Claude, Grok…), et chacun répond seul.
- Revue croisée : chaque modèle lit les réponses des autres, anonymisées, et les classe.
- Synthèse : un modèle « président » compile le tout en une réponse finale.

L’idée a ensuite été reprise sous forme de skill Claude : au lieu d’interroger plusieurs modèles, on fait jouer plusieurs rôles à un seul Claude. Plus besoin de clé API ni d’installation, tout tourne directement dans Claude. C’est cette approche que j’ai retenue, en l’adaptant à ma façon de travailler.
Les 5 conseillers et le Président
Le piège, quand on construit ce genre de conseil, c’est de se retrouver avec un « pour » et un « contre ». Une liste d’avantages et d’inconvénients, un seul prompt suffit à la produire. J’ai donc donné à chaque conseiller une question précise à laquelle répondre.
| Conseiller | Sa question | Ce qu’il apporte |
|---|---|---|
| Optimiste | Pourquoi ça peut cartonner ? | Le potentiel que personne n’a vu |
| Pessimiste | Pourquoi ça aura échoué dans 12 mois ? | Les coûts cachés et les hypothèses fragiles |
| Innovateur | Quelle option on n’a pas envisagée ? | Une remise en cause de la question elle-même |
| Stratège | Où ça mène dans 1 à 3 ans ? | La cohérence avec le reste, la réversibilité |
| Exécutant | Quel est le plus petit test à lancer lundi ? | Le passage de l’avis à l’action |
| Président | Qu’est-ce qu’on décide ? | Un verdict, sans faire la moyenne |
J’ai imaginé les rôles que je souhaite (voir les avantages, les inconvénients, l’aspect innovant, le long terme, etc) tu peux bien sûr créer ton propre conseil et tes propres conseillers 😊.
Le Pessimiste fait un pre-mortem
Plutôt que de lui demander de lister les risques, je lui donne un scénario : on est dans 12 mois, la décision a échoué, raconte pourquoi. La différence est nette. Au lieu d’un vague « attention à la concurrence », tu obtiens quelque chose comme « tu as passé trois mois sur X, et Y a stagné faute de temps ». L’Optimiste fait l’exercice inverse : la décision a été un succès, explique comment.
L’Innovateur ne juge pas la question, il la change
C’est le conseiller que j’ai ajouté pour coller à l’esprit InnoSpira. Les autres évaluent l’option qu’on leur présente. Lui se demande s’il n’en existe pas une meilleure. Et si on faisait l’inverse ? Comment un autre secteur règle ce problème ? Quel outil, quelle automatisation ou quel usage de l’IA diviserait l’effort par 10 ?
Le Président tranche
Il ne fait pas la moyenne des notes et ne cherche pas un consensus de façade. Il rend un verdict parmi quatre (Go, Go sous conditions, Tester d’abord ou No go), avec un niveau de confiance sur 10, les deux ou trois hypothèses dont tout dépend et le test à lancer pour les vérifier.
Comment se déroule une session
- Le cadrage : le skill reformule ta décision, puis pose au maximum trois questions s’il manque une information qui change l’analyse (objectif, temps disponible, budget, échéance). Il te demande aussi s’il peut utiliser du contexte, comme tes fichiers ou tes notes projet. Il ne lit rien sans ton accord.
- Les avis indépendants : chaque conseiller répond sans voir les autres. Dans Claude Code, les cinq tournent comme de vrais sous-agents séparés, en parallèle. Sur Claude web ou desktop, ils sont rédigés à la suite, avec un cloisonnement strict.
- Les répliques : le Pessimiste attaque l’argument le plus fort de l’Optimiste, l’Optimiste répond au risque le plus grave, et le Stratège juge la piste de l’Innovateur.
- Le verdict du Président, affiché en tête du rapport pour que tu aies la conclusion tout de suite.
Il existe aussi un mode rapide, avec des avis condensés et un verdict, sans répliques. Il suffit d’ajouter « rapide » à ta demande.
Cas pratique : ScanCompte ou eXtragone ?
Pour le tester, je lui ai soumis une question que je me pose vraiment : où mettre mon énergie ce trimestre entre ScanCompte, mon outil d’analyse de relevés bancaires vendu par abonnement, et eXtragone, ma plateforme qui met en avant des outils, en grande partie français ?

Ce qu’ont dit les conseillers
- Optimiste (7/10) : Basculer sur ScanCompte : produit self-serve, idéal pour un revenu passif.
- Pessimiste (3/10) : Lâcher eXtragone maintenant, c’est abandonner le seul actif qui marche.
- Innovateur : (Pas noté) Automatiser l’acquisition eXtragone, puis SEO programmatique ScanCompte par banque.
- Stratège (6/10) : ScanCompte colle mieux à l’objectif, mais seulement si eXtragone est verrouillé avant.
- Exécutant (6/10) : Mesurer d’abord la part de clients entrants, tester ScanCompte à petit coût.

Le verdict
Go sous conditions pour basculer vers ScanCompte, mais seulement après avoir rendu eXtragone autonome. Il explique son raisonnement et s’appuie aussi sur des hypothèses.
- Une bonne part des clients eXtragone arrive déjà sans prospection.
- ScanCompte a une demande de recherche suffisante.
Les prochaines actions sont donc de vérifier ces hypothèses à l’aide d’un test pour mesurer les recherches.

Ce que ça apporte vraiment
- Les angles morts sortent. Le coût d’opportunité, une option que tu n’avais pas en tête, une hypothèse que tu tenais pour acquise : quelqu’un dans le conseil finit par les mettre sur la table.
- Tu repars avec une décision et un test. Pas avec une liste d’avantages et d’inconvénients à trier toi-même.
- La complaisance est limitée par construction. Le Pessimiste a pour mission de démonter ton idée, il ne peut pas te dire que tout va bien.
- Tu peux vérifier après coup. Dans Claude Code, le skill propose d’ajouter chaque décision dans un fichier
decisions.md, avec une date de revue à trois mois. Tu vois alors si le conseil avait raison.
Pour aller plus loin sur l’organisation, la matrice d’Eisenhower reste un bon complément pour trier ce qui arrive au quotidien. Le conseil, lui, sert aux décisions qui engagent plusieurs semaines.
Les limites, à commencer par les tokens
Ce n’est pas gratuit. Une session complète enchaîne cinq avis, trois répliques et une synthèse, soit environ neuf passages au lieu d’un. Donc à utiliser avec parcimonie et uniquement lorsque tu as besoin de réfléchir et prendre une décision.
C’est pour ça que le skill commence par un garde-fou : si ta question est factuelle ou sans réel enjeu, il te répond directement et te propose de lancer le conseil seulement si tu y tiens. Et le mode rapide divise la consommation pour les décisions moins lourdes.
Deux autres limites à garder en tête :
- Les conseillers restent le même modèle. La diversité des points de vue est réelle, mais moindre qu’avec plusieurs IA différentes comme dans la version de Karpathy. Dans Claude Code, tu peux faire tourner les conseillers sur des modèles différents pour compenser.
- Le conseil éclaire, il ne décide pas. Il garantit que tu as regardé ta décision sous plusieurs angles, pas que la réponse est la bonne.
Quand l’utiliser (et quand s’en passer)
| Bonne question pour le conseil | Mauvaise question pour le conseil |
|---|---|
| J’augmente le prix de mon offre de 5,99 € à 7,99 € ? | Résume-moi cet article |
| J’accepte cette collaboration qui sort de ma ligne éditoriale ? | Écris un mail de relance |
| J’automatise ma prospection ou je délègue à un freelance ? | Quel est le meilleur outil pour faire X ? |
| Je lance mon outil en anglais ou je consolide le marché français ? | « C’est bien, mon idée ? », sans enjeu réel |
La règle est simple : le conseil vaut le coup quand plusieurs réponses raisonnables coexistent et qu’une mauvaise décision te coûterait des semaines. Pour le reste, une question classique suffit. Et si tu as tendance à changer d’outil au moindre doute, je t’en parlais aussi dans pourquoi il est temps d’arrêter de changer d’outil IA.
Télécharger et installer le skill
Pour télécharger le skill, clique sur le bouton ci-dessous pour télécharger le dossier compressé (zip, 5 ko).
Sur Claude web ou desktop
Dans les paramètres de Claude, va dans la section consacrée aux skills et importe le fichier zip. Le skill apparaît dans ta bibliothèque et devient disponible dans toutes tes conversations.
Sur Claude Code
Dézippe le fichier dans le dossier .claude/skills/ de ton dossier utilisateur (sur Windows : C:\Users\TonNom\.claude\skills\). Ce dossier est masqué par défaut. Relance ensuite Claude Code.
Le lancer
Lance le conseil sur cette question : [ta décision]
Contexte : [ta situation, tes contraintes, ton objectif]
Ajoute « rapide » à la fin pour la version courte. Plus ton contexte est précis, plus les conseillers sont concrets. Si tu utilises déjà un agent IA comme second cerveau, c’est le bon moment de lui donner accès à tes notes.
Conclusion
Le conseil ne décide pas à ta place. Il t’empêche de décider en ne regardant qu’un seul angle, ce qui est déjà beaucoup. Sur ma propre question, il m’a surtout apporté l’option que je n’avais pas vue. Prendre du recul avant de trancher, c’est aussi ce que je défendais dans cette méthode simple pour prendre du recul au travail.
Télécharge le skill, soumets-lui ta prochaine décision difficile, et dis-moi en commentaire ce qu’il t’a conseillé 😊.


